Projet de centre de données à Gatineau : le courant ne passe pas avec Hydro-Québec
Le centre de données tant espéré à Gatineau n’aura pas son bloc d’énergie. Hydro-Québec vient de refuser les quelque 50 mégawatts (MW) nécessaires au projet. Pour la société immobilière gatinoise Adam, partenaire local du projet, c’est l’incompréhension. Dans une lettre d'Hydro-Québec en date du 12 juin, dont Radio-Canada a obtenu copie, la société d'État québécoise indique que « le contexte énergétique actuel ne permet pas à Hydro-Québec de répondre à tous les projets de raccordement ». Voilà plus de trois ans qu'Alain Adam et son partenaire, l’entreprise américaine AVAIO, étaient en attente de courant de la part d’Hydro-Québec. Alain Adam est le président de la société immobilière Adam, basée à Gatineau. Photo : Gracieuseté Alain Adam Conscient qu'un centre de données est gourmand en énergie, les responsables du projet ont fait appel en septembre 2024 à une entreprise québécoise spécialisée dans la transition énergétique, Sundbird Énergie, pour les aider à réduire leur consommation et, par le fait même, son empreinte écologique. À savoir, Des panneaux solaires étaient prévus sur le centre de données pour réduire sa dépendance au réseau d'Hydro-Québec. (Photo d'archives) Photo : Getty Images Grâce à Sunbird et l'installation de panneaux solaires, les responsables du projet s'engageaient ainsi à se déconnecter du réseau d'Hydro-Québec en période de pointe. L’électricité n’est pas un privilège, c'est un outil de développement collectif. Ce n’est pas seulement notre réseau, c'est aussi notre capacité d’innover. Sans Hydro-Québec, on ne peut pas aller de l’avant. Depuis le dépôt de la demande, le gouvernement québécois a revu plusieurs fois sa copie pour octroyer des mégawatts. La dernière révision date d’il y a quelques jours avec l'adoption, le 7 juin, du projet de loi 69 sur la gouvernance responsable des ressources énergétiques. Plusieurs critères doivent être remplis pour recevoir la recommandation d'Hydro-Québec et du ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie (MEIE), avant de passer dans les mains de la ministre Christine Fréchette pour autorisation. Le projet avait reçu le soutien de la Ville de Gatineau. Comme sa prédécesseure France Bélisle, la mairesse Maude Marquis-Bissonnette a envoyé une lettre au cabinet de la ministre Fréchette, le 12 novembre 2024, pour lui demander d’autoriser la demande en énergie. La mairesse Maude Marquis-Bissonnette a envoyé une lettre au cabinet de la ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie pour lui demander d’autoriser la demande en énergie du projet de centre de données à Gatineau. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Patrick Foucault La société d'État invoque un contexte énergétique défavorable pour motiver le refus de mégawatts au projet de centre de données à Gatineau. (Photo d'archives) Photo : Reuters Ce n’est pas la première fois que des joueurs de la haute technologie regardent vers Gatineau pour développer leurs projets. Récemment, la compagnie de télécommunication d’Ottawa Télésat a finalisé la création d’un campus pour son nouveau réseau de satellites en orbite basse Lightspeed. Si la compagnie ne prévoit pas avoir recours à d’autres centres de données dans la région pour le moment, L'expert en cybersécurité et chargé de cours à l'Université de Sherbrooke Steve Waterhouse, « comprends mal pourquoi le bloc d'énergie n'a pas été octroyé » par Hydro-Québec. « C'est quand même un enjeu stratégique », note-t-il en entrevue à l'émission Les matins d'ici. « Avoir un centre de données à Gatineau, ça serait un gros plus pour la région. Gatineau pourrait desservir la capitale nationale en même temps que les intérêts de la région », rappelle M. Waterhouse. Pour le chercheur du nouveau Centre interdisciplinaire de recherche et innovation en cybersécurité et société (CIRICS) de l'UQO, le professeur Mario Malouin, la conformité juridique des données ne doit pas être oubliée. Mario Malouin est directeur du Module des sciences comptables, professeur agrégé de l'Université du Québec en Outaouais
professeur associé de l'Unité mixte de recherche INRS-UQO en cybersécurité et chercheur au Centre interdisciplinaire de recherche et innovation en cybersécurité et société (CIRICS). Photo : Capture d'écran Radio-Canada On ne veut pas que nos données se retrouvent quelque part sur un sol d'un autre pays avec des lois différentes. Dans une réponse écrite envoyée à Radio-Canada, Hydro-Québec rappelle qu'elle « ne commente jamais les dossiers précis de ses clients ». La société d'État confirme une augmentation de ses clients en lien avec des centres de données. Dans un document rendu public par le biais de la loi sur l’accès à l’information, Hydro-Québec faisait mention de 67 clients en juillet 2024. Malgré ce revers, le partenaire gatinois dit ne pas tirer la prise sur le projet. Nous avons reçu une réponse aussi brève que laconique d’Hydro-Québec invoquant un contexte énergétique défavorable sans démontrer pourquoi notre projet n’était pas prioritaire
, regrette le président de la société, Alain Adam.Ce projet est un levier économique, environnemental et stratégique qui rapporterait 500 millions de dollars d’investissements et des centaines de millions de dollars en retombées fiscales annuelles, 50 emplois directs de haut niveau et des centaines d’emplois indirects
, avance M. Adam.
Au Québec, selon nous, il y a une nouvelle façon de consommer l'énergie
, explique le président-directeur général du nouveau partenaire, Simon Lafleur. produire une quantité d'énergie sur place, emmagasiner une quantité de puissance, et gérer cette énergie [...] dans le but de faire du client - habituellement une entreprise -, un citoyen corporatif plus diligent dans sa consommation.

On une capacité solaire de 6,7 MW déployés sur les toits, les sols, qui générerait 8,2 Gigawatt/heure d’électricité verte
, assure le promoteur gatinois. Avec ce projet, nous apportons de nouvelles lignes haute tension, plus de connexion et de stabilité dans le réseau.
Nous ne prendrons pas d’énergie aux autres, au contraire, nous faisons de l’ajout de capacité
, martèle M. Adam.Modifications de la politique de distribution de l'énergie
Les critères d’analyse incluent les capacités techniques de raccordement et les incidences sur le réseau électrique du Québec, les retombées sur l’économie et le développement régional, l’impact environnemental et social de même que la cohérence avec les orientations gouvernementales
, énumère une chargée des relations médias du MEIE dans sa réponse écrite. Chaque dossier fait l’objet d’une analyse rigoureuse
, assure-t-elle.Une place à prendre pour Gatineau?

La région de l’Outaouais ne possède toujours pas de centre de données numériques
, peut-on lire dans la lettre dont Radio-Canada a obtenu un extrait. La Société immobilière ADAM et son partenaire AVAIO ont formé la coentreprise Gatineau Data Hub (GDH) et travaillent sur un tel projet. Nous espérons que leur demande de branchement électrique sera reçue favorablement.

Nous prévoyons d'implanter notre propre centre de données dans nos nouvelles installations sur la rue Lois dans quelques mois
, indique le directeur technique de Télésat, Michel Forest.il n’est pas impossible que le développement de nouvelles options à Gatineau puisse nous intéresser dans le futur
, souligne M. Forest.Une question de souveraineté numérique
C'est sûr que d'héberger de la donnée sur un sol canadien dans un infonuagique qui est sous conformité canadienne, c'est important
, dit-il.
Pour les 12 mois se terminant au 30 avril 2025, nous comptions 78 clients ayant un abonnement directement auprès d’Hydro-Québec dans le domaine des centres de données, pour une consommation réelle totale moyenne de 150 MW
, indique le porte-parole d’Hydro-Québec, Cendrix Bouchard.Hydro-Québec nous a indiqué qu'"à ce stade-ci, ils ne sont pas en mesure de répondre à cette demande"
, souligne Alain Adam. Est-ce que cela signifie qu’on pourrait réessayer?
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